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"Les Dossiers de l'Institut du Tout-Monde" vous proposent des focalisations sur certains points liés à la philosophie générale de l'institut. Les créolisations, l'idéal de Relation, la trame plurielle et tremblée des interculturalités agissantes : les axes, en somme, qui furent ceux qu'Édouard Glissant avait voulus aux fondements de l'Institut du Tout-Monde, quand il le fondait en 2006. Une approche intuitive que nous déclinerons au gré de ces nouvelles propositions du site.

Quand elle aborde l'enregistrement de Strange fruit, Nina Simone a enregistré en 1964 deux de ses plus vibrantes protest songs relatives à la situation raciale des États-Unis : Old Jim Crow (les lois Jim Crow sont l'ensemble législatif qui régissait depuis le XIXe siècle la ségrégation dans le Sud), mais surtout Mississippi Goddam, qu'elle écrit après l'assassinat en 1963 de Medgar Evers par le Ku Klux Klan et l'attentat raciste également perpétré en 1963 par le Klan à Birmingham en Alabama contre une église baptiste, tuant 4 jeunes filles. Le meurtre de Medgar Evers, qui étaient membre du NAACP et qui avait enquêté sur le cas du lynchage du jeune Emmett Till, provoque en 1964 deux protest songs importantes : Mississippi Goddam de Nina Simone donc (qui aura une importance considérable dans ces années-là) et Only a pawn in their game, de Bob Dylan.

En juin 2015, est sorti sans doute le meilleur documentaire réalisé sur la vie de Nina Simone et sur ses engagements dans le mouvement des droits civiques : What happened, Miss Simone ? de Liz Garbus, qui est ici interviewée sur "Democracy now !" le 24 juin 2015. Le film de Liz Garbus est consultable sur Netflix (après abonnement). À lire, sur le site de Paris-Match, une interview de Lisa Simone et de Liz Garbus, à l'occasion de la sortie du documentaire.

Bob Dylan, et l'entêtement toujours renouvelé des protest songs : pour lui Byron de la Beckwith, le tueur de Medgar Evers, n'est qu'un pion dans une politique d'ensemble

qui tend à faire perdurer la ségrégation raciale tant qu'elle peut servir le pouvoir.

Nina Simone, ou le pur génie de réussir à faire passer dans une chanson toute la rage de la révolte contre la ségrégation. Exaspération, refus du compromis, urgence : le cri de Nina Simone dans son chef-d'œuvre Mississippi Goddam retentit comme un choc en 1964.

Interrogé en 2004 par Emmanuel Laurentin sur France Culture dans "La nouvelle fabrique de l'Histoire", Édouard Glissant évoque l'horreur de cette banalisation de la barbarie sur cartes postales.

Il s'agissait là de "souvenirs du Sud" très fréquents, en vente dans certains commerces et souvent présents dans les albums de familles. Le collectionneur James Allen avait il y a quelques années de cela entrepris la tâche colossale de rassembler un nombre impressionnant de ces témoignages, publiés par la suite dans l'ouvrage Whithout Sanctuary : lynching photography in America. La carte postale qui a inspiré Abel Meeropol était donc un objet assez ordinaire, et ne serait-ce que cette banalité-là devait constituer pour un esprit révolté par l'injustice, un motif suffisant pour susciter l'appel à ce chant de révolte qui met sous les yeux de la population la réalité crue des lynchages.

SUITE DU DOSSIER :

À la suite de Billie Holiday qui a immortalisé la chanson à la fin des années trente, son nouvel enregistrement par Nina Simone n'est pas qu'une remise au goût du jour, elle permet de redéployer son sens profond : en 1965, Nina Simone participe à la marche de Selma à Montgomery exigeant l'application dans les États du Sud de la loi de 1964 reconnaissant le droit de vote, et la même année, elle enregistre sa version de Strange fruit - et il faut y voir une continuité, une cohérence et un apport qui rehausse et consacre le rôle éminemment politique du chant primordial de 1939. Il est par conséquent important de l'affirmer : c'est grâce à la version de 1965 de Nina Simone que Strange fruit poursuit son chemin dans les consciences, en un moment clé de l'histoire des États-Unis, un tournant décisif entre tous.

L'interprétation de Strange fruit par Nina Simone en 1965 est conforme à l'intensité dramatique que lui conférait Billie Holiday. Ici, elle donne aussi son sentiment sur cette horreur des lynchages, parlant de la "laideur" de ce que cette chanson incarne.

La nouvelle vie de Strange fruit : Nina Simone


La prévision de 1939 de Samuel Grafton, le journaliste du New York Post qui avait prédit que cette chanson n'allait pas tarder à devenir la Marseillaise des luttes antiségrégationnistes du Sud, s'est vérifiée : à l'apogée du mouvement des droits civiques mené par Martin Luther King, Strange fruit confirme ce qu'il est depuis son enregistrement par Billie Holiday, à savoir un symbole de révolte et de lutte contre le racisme. En ces années de fureur et de bouleversements, c'est au tour d'une autre chanteuse de jazz qui devient l'une des figures de proue de l'engagement et des luttes d'émancipation, de s'emparer de la chanson d'Abel Meeropol pour en prolonger la portée politique, et comme pour reprendre le flambeau de Billie Holiday. Comme elle, Nina Simone sait ce qu'est la discrimination raciale, pour l'avoir vécue durement, à commencer par l'impossibilité pour elle d'embrasser la carrière de pianiste classique qu'elle ambitionnait à l'origine. Quand elle enregistre sa version de Strange fruit en 1965, Nina Simone a déjà derrière elle la solide réputation de chanteuse et de pianiste de jazz qui va se doubler en cette période clé d'une veine d'engagement et d'activiste toute particulière. Une vive conscience politique et son tempérament personnel la font opter pour un certain radicalisme, puisqu'elle est favorable à la lutte armée et sera l'une des figures du Black Power, un temps proche des Black Panthers.

Le NAACP (le mouvement de M. Luther King) s'était tôt emparé de la force non seulement subversive, mais aussi revendicative de la chanson pour appuyer dans l'opinion l'exigence d'une loi fédérale interdisant le lynchage, pouvant s'imposer dans les États du Sud (cette loi fut dans un premier temps refusée par Rossevelt, de peur des troubles qui en résulteraient dans le Sud). Cependant, dans les années de lutte et de revendication que sont les années soixante, certains militants voient d'un mauvais œil ce qu'il interpètent dans Strange fruit comme un risque de présentation unilatérale de la position de victime, au détriment d'une attitude plus offensive. C'est pourquoi le rôle de Nina Simone pour remettre à l'honneur ce qui est déjà un "classique" de la dénonciation des crimes racistes, est primodial : au cœur du processus de lutte pour les droits civiques, sa nouvelle version du chant d'Abel Meeropol le remet dans le sillage des expressions de révolte qu'elle porte depuis particulièrement 1964. Si Mississippi Goddam sera renvendiqué comme étendard des revendications de pointe mise au devant de la scène politique à ce moment-là, sa nouvelle interprétation de Strange fruit permet une fois de plus, de mettre en exergue que le racisme est criminel, qu'il tue encore et qu'il est un cancer à éradiquer, comme cette "strange and bitter crop", cette étrange et amère récolte qu'il faut anihiler maintenant pour de bon.

Billie Holiday aura porté Strange fruit jusqu'au bout de son itinéraire tragique.

Strange fruit et le destin brisé de Billie Holiday


Les années soixante sont prolifiques en matière de protest songs, et il n'est que de citer les noms de Bob Dylan justement, mais aussi de Joan Baez pour se souvenir que les sujets ne manquaient pas alors, de la guerre au Vietnam au mouvement des droits civiques. Et c'est dans ce contexte de bouillonnement politique que Strange fruit, le chant de révolte des années trente, va connaître une nouvelle vigueur, du fait même de l'acuité de la lutte portée par le mouvement initié pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs et pour mettre fin à la ségrégation par une législation fédérale. Jusqu'au bout, Billie Holiday aura été hantée par cette chanson, par son horreur et par le rôle qu'elle avait en l'incarnant, et son identification à l'œuvre aura été telle que dans son autobiographie (Lady sings the blues, co-écrite avec William Dufty et publiée en 1956), elle donne à penser qu'elle avait été écrite pour elle et que même, elle aurait participé à son écriture. Selon tous les témoignages, la chanteuse était souvent bouleversée en interprétant Strange fruit, et ses multiples abus n'étaient pas pour atténuer cette intériorisation extrême de la chanson, qui n'a cessé de s'accroître avec le temps. Billie Holiday (dont l'un des membres de la famille avait été lynché par le passé), qui avait réussi à incarner le titre dans toute sa force est décédée en 1959 à lâge de 44 ans, consumée par l'héroïne, l'alcool et l'opium.







  

Ci-dessus : The untold story of Emmett Luis Till, de Keith Beauchamp (2005). Un documentaire complet, avec les témoignages des proches notamment.

Bob Dylan, The death of Emmett Till, l'autre protest song qui, en 1963, se révolte contre la poursuite des lynchages dans le Sud.

Le meurtre d'Emmett Till, et l'acquittement de ses bourreaux, après quatre jours de procès et une heure de délibération, a en effet un retentissement considérable dans l'histoire du mouvement des droits civiques, et intervient comme un déclencheur. La publication dans la presse de la photo du visage défiguré de l'enfant assassiné soulève une vague d'indignation qui sera décisive, même si d'autres lynchages interviendront encore jusqu'en 1960. Et il n'est pas fortuit que c'est encore par une protest song que va s'exprimer cette révolte salvatrice, par la voix de Bob Dylan, qui compose en 1963, à l'apogée donc de mouvement des droits civiques, la chanson The death of Emmett Till, qui sonne comme le mémorial du crime de 1955.

Là-bas dans le Mississippi il n'y a pas si longtemps

Un jeune homme de Chicago franchit un seuil de Sudiste

La tragédie terrible de ce garçon, je m'en souviens encore

La couleur de sa peau était noire et il s'appelait Emmett Till


Des hommes l'emmenèrent dans une grange et là ils le battirent

Ils dirent qu'ils avaient une bonne raison,

Mais je ne me souviens pas laquelle

Ils le torturèrent et firent des choses trop horribles pour les répéter

Dedans la grange il y avait des cris, dehors la rue résonnait de rires


Ensuite ils firent rouler son corps dans un fossé sous une pluie rouge sang

Et le jetèrent dans l'eau profonde pour cesser ses hurlements de douleur

La raison pour le tuer, et c'est la vérité, j'en suis sûr

N'était que pour s'amuser et le regarder mourir lentement


Alors pour empêcher les Etats-Unis de réclamer un procès

Deux frères confessèrent qu'ils avaient tué le pauvre Emmett Till

Mais le jury comptait des hommes qui avaient aidé les frères

À commettre ce crime affreux

Et donc ce procès fut une farce, mais personne

Ne sembla s'en préoccupper


Je vis les journaux du matin mais ne put supporter de voir

Le sourire des frères qui descendaient les marches du Palais de Justice

Car le jury les déclara innocents et les frères sortirent libres

Tandis que le corps d'Emmett Till voguait sur les mers racistes du Sud


Si on ne peut plus protester contre cette sorte de choses, un crime si injuste

C'est que les yeux sont remplis de la saleté des morts, l'esprit est empli de poussière

Les bras et jambes doivent être dans les fers, et le sang doit refuser de couler

Car on a laissé cette race humaine tomber si diablement bas !


Cette chanson n'est qu'un rappel pour ton prochain

Que ce genre de choses existe toujours dans ce Ku Klux Klan aux robes de fantôme

Mais si nous tous qui pensons la même chose,

Si nous donnions tout ce que nous pouvons

Nous pourrions faire de ce grand pays qui est le notre un endroit meilleur à vivre

’Twas down in Mississippi not so long ago

When a young boy from Chicago town stepped through a Southern door

This boy’s dreadful tragedy I can still remember well

The color of his skin was black and his name was Emmett Till


Some men they dragged him to a barn and there they beat him up

They said they had a reason, but I can’t remember what

They tortured him and did some things too evil to repeat

There were screaming sounds inside the barn,

There was laughing sounds out on the street


Then they rolled his body down a gulf amidst a bloody red rain

And they threw him in the waters wide to cease his screaming pain

The reason that they killed him there, and I’m sure it ain’t no lie

Was just for the fun of killin’ him and to watch him slowly die


And then to stop the United States of yelling for a trial

Two brothers they confessed that they had killed poor Emmett Till

But on the jury there were men who helped the brothers commit this awful crime

And so this trial was a mockery, but nobody seemed to mind


I saw the morning papers but I could not bear to see

The smiling brothers walkin’ down the courthouse stairs

For the jury found them innocent and the brothers they went free

While Emmett’s body floats the foam of a Jim Crow southern sea


If you can’t speak out against this kind of thing, a crime that’s so unjust

Your eyes are filled with dead men’s dirt, your mind is filled with dust

Your arms and legs they must be in shackles and chains,

And your blood it must refuse to flow

For you let this human race fall down so God-awful low !


This song is just a reminder to remind your fellow man

That this kind of thing still lives today in that ghost-robed Ku Klux Klan

But if all of us folks that thinks alike, if we gave all we could give

We could make this great land of ours a greater place to live


  

The Emmett Till murder (Investigating Power, 2012). Un rappel de l'affaire du meurtre d'Emmet Till et de l'acquittement de ses tueurs.

Emmett Till, 14 ans, lynché en 1955.

Ce garçon de 14 ans fut unilatéralement accusé d'avoir séduit une femme blanche, avant d'être massacré en 1955 à Money (Mississippi) par le mari et son frère, qui seront tous les deux acquittés par la justice. Réveillé en pleine nuit, traîné à l'extérieur de chez lui, torturé, énucléé, battu à mort, il sera jeté dans une rivière, suivant le sort des très nombreux "mâles Noirs" de tous âges accusés d'avoir soit séduit soit violé des femmes blanches (le motif était en effet fréquent). À vrai dire, Emmett Till avait juste sifflé au passage d'une femme venue faire ses courses dans un magasin de la ville. En plein mouvement des droits civiques, le martyre d'Emmett Till remue les consciences, pourtant habituées à ce contexte persistant.

The origins of lynching culture in the United States (Facing History and ourselves). Analyses de Paula Giddings, Professeur en études afro-américaines à Smith College.

Charles Lynch, promotteur de la "loi de Lynch"

Et ces lynchages précisément, monnaie courante dans les États du Sud, se trouvaient être profondément ancrés dans l'histoire des temps esclavagistes bien sûr, mais au-delà même, dans les mœurs populaires du pays. L'une des hypothèses qui prévalent quant à l'origine probable du terme même de "lynchage" est celle de la fameuse "loi de Lynch", du nom de Charles Lynch (1736-1796), juge de paix de Virginie puis sénateur qui, à la veille de la guerre d'indépendance, promut un système de justice arbitraire et expéditif destiné à terroriser les loyalistes, système qui ne tarda pas à se répandre notamment dans l'ouest du pays. Au lendemains de l'abolition de l'esclavage en 1865, et jusque dans les années 1960, les lynchages les plus courants concerneront les Noirs dans le Sud du pays. Une violence à peine imaginable, des foules s'acharnant sur les corps suppliciés de ceux qui étaient simplement soupçonnés de toutes sortes de crimes ou de simples insultes. Durant cette période, ce sont plusieurs milliers de de Noirs, hommes, femmes et enfants qui seront régulièrement lynchés par des foules fanatisées ou par les partisans du Ku Klux Klan. Au cours de cette période sinistre, en plein XXe siècle, certains cas particulièrement sordides semble frapper l'opinion plus que d'ordinaire, comme par excellence celui d'Emmett Till.

Court reportage de la BBC en 2011 à propos du travail colossal de collecte effectué par James Allen, qui a rassemblé des centaines de photos de lynchages aux États-Unis. Il est le co-auteur de Whithout Sanctuary : lynching photography in America et d'un documentaire consultable sur ce site.

Un contexte inouï : de la banalité du mal


C'est à la fois l'histoire qu'évoque Strange fruit que l'histoire de sa genèse elle-même qui constituent un arrière-plan assez inouï pour les consciences. Si le texte est en soi aussi violent (insupportable pour beaucoup d'auditeurs), c'est qu'en effet le contexte de son émergence et la réalité qu'il désigne semblent relever de ce qu'Hannah Arendt avait nommé sous le concept de "banalité du mal" (au moment du procès Eichmann en 1963). Et tout d'abord, on ne peut qu'être sidéré, en retraçant la genèse de l'œuvre, qu'Abel Meeropol eut connaissance du lynchage de l'Indiana sous la forme plus qu'inattendue d'une carte postale. Pour le moins, cela mérite une explication. Car non seulement les lynchages de Noirs dans le Sud des États-Unis encore en cette époque, constituaient des faits très ordinaires, faisant partie du paysage local, mais ce qu'il faut savoir de surcroît, c'est que leur perpétuation pouvait constituer une fierté légitimant effectivement la diffusion dans l'ensemble du pays, de ces cartes postales représentant le massacre d'hommes et de femmes sous le regard de foules hilares et hystériques.




 

Par Loïc Céry, coordonnateur du pôle numérique de l'ITM

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LES DOSSIERS DE L'INSTITUT DU TOUT-MONDE


  

(Édouard Glissant, Une nouvelle région du monde, 2006)

"Nous avons rendez-vous où les océans se rencontrent..."

  

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STRANGE FRUIT : HISTOIRE D'UN CHANT